Programme du séminaire 2020-2021

Une mémoire cinématographique du futur - II 

     Il s’agira d’explorer la manière dont un avenir (généralement non réalisé) affleure dans la mémoire du passé que le cinéma conserve et qu’il peut actualiser. 

    Précisons immédiatement que, malgré la proximité terminologique, ce que nous entendons par « mémoire cinématographique du futur » doit être clairement distingué de ce que les neurosciences nomment « mémoire au futur » (Francis Eustache), c'est-à-dire la réorganisation des souvenirs en fonction de leur pertinence pour le présent et l’avenir. En revanche, la réflexion que nous souhaitons mener présente certaines affinités avec des questions abordées et des recherches menées dans d’autres champs disciplinaires : l’histoire contrefactuelle, l’approche génétique des textes et la question de l’archive. 
    La première, nommée également « histoire des possibles » ou « what if History », qui s’est développée à partir de la crise des modèles déterministes (R. Koselleck), a connu un réel essor depuis les années 1980. La réflexion sur les passés non advenus y vise donc essentiellement à repenser les modèles de causalité historique (Q. Deluermoz & P. Singaravélou). De son côté, la génétique textuelle, en s’inspirant de la logique des « mondes possibles », tente de rendre compte du statut des mondes virtuels créés au cours de la genèse (D. Ferrer). Enfin, les diverses réflexions sur les archives mènent toujours à s’interroger sur l’acte d’archivage et de conservation en vue d’un futur depuis lequel le « passé » de l’archive prendrait un sens. L’archive s’ouvre toujours depuis l’avenir (J. Derrida). 
    Si notre réflexion présente des convergences avec ces trois directions de recherche, la question que nous aborderons en diffère nettement : nous examinerons la transmissibilité d’un futur, imaginé au passé. Cela implique d’interroger la manière dont le cinéma peut archiver un futur virtuel, advenu ou non, et en réactualiser la puissance au présent. Autrement dit, il s’agira d’analyser la manière dont le cinéma, par ses dispositifs d’enregistrement, ses régimes de projection et de fictionnalisation propose moins une histoire du réel qu’une histoire des utopies et des imaginaires. 
Le séminaire se tiendra à l’INHA, salle Jullian, de 18h à 20h 

PROGRAMME 

Jeudi 26/11 (visioconférence) 
Présentation du recueil d’articles posthume de Michèle Lagny, Hors cadre : imaginaires cinématographiques de l’histoire (Hermann, « L’Esprit du cinéma », 2020) par les quatre coéditrices du volume, Emmanuelle André, Christa Blümlinger, Sylvie Lindeperg et Sylvie Rollet, auxquelles répondront Matthias Steinle et Ophir Levy. 

Jeudi 10/12 (visioconférence) 
Dork Zabunyan présentera une communication intitulée « Trump, un film d'Amérique ». Ses réflexions seront questionnées par Matthias Steinle

Jeudi 21/01 (visioconférence) 
Gabriel Bortzmeyer présentera une communication intitulée « Les futurs antérieurs du peuple ». Ses réflexions seront questionnées par Marguerite Vappereau.
 
Jeudi 04/03 
Damien Marguet présentera une communication intitulée « Passé et futur de la plaine : anachronisme de l’Alföld dans le cinéma hongrois depuis 1960 ». Ses réflexions seront questionnées par Mario Adobati. 

Jeudi 01/04 
Thanassis Vassiliou présentera une communication consacrée aux traces filmiques du mouvement ayant entraîné la chute de la dictature des colonels en Grèce (1967-1974), intitulée « Entre urgence et attente : une perception du futur ». Ses réflexions seront questionnées par Sylvie Rollet.